Route de Canada 5

Cette ancienne maison de maître est cadastrée en 1847 au nom de Joseph Chevallier, fabricant de verres de montres de la Chaux-de-Fonds, et de sa femme, Marie Amblard.

Située au lieu-dit Le Canada, la propriété est accessible par une petite avenue menant à une cour. Comme les bâtiments qui le bordent sur deux côtés, cet espace est établi sur une longue terrasse située à flanc de coteau et circonscrite par un mur formant soutènement au sud-est. Au-delà s’étendent des prés qui descendent jusqu’aux berges du Rhône. L’édifice se compose de deux corps de bâtiments articulés en L, l’un orienté vers le fleuve, l’autre flanquant la pente, côté Jura. Le corps principal, de plan carré, s’élève de deux niveaux sur une cave. Il est couvert d’un toit à croupes. Sa façade principale, au sud-est, est entièrement appareillée en molasse. Elle est ordonnancée à deux rangées de pilastres en bossage soutenant un cordon d’étage et une corniche. La travée centrale, plus étroite, est soulignée au niveau inférieur par des chapiteaux surmontés par un décrochement du cordon. L’encadrement des fenêtres, légèrement saillant, est composé d’une tablette d’appui reposant sur des consoles simplifiées et couronné par un linteau délardé d’un arc discret. L’avant-toit est lambrissé en demi-berceau. La corniche et l’avant-toit assurent la continuité avec les façades latérales sud-ouest et nord-est, qui sont par ailleurs plus simplement exécutées. Dénuées de pilastres et de cordon, elles possèdent chacune deux travées de fenêtres régulièrement espacées avec encadrement en molasse se détachant du fond de maçonnerie crépie. Si la façade sud-ouest a reçu sur la gauche un avant-corps en béton armé (bât. D822, ajouté dans les années 1980) qui en péjore la lecture, la façade nord-est a subi des transformations apparemment anciennes sur sa partie droite: une chaîne d’angle harpée, encore visible aujourd’hui, suggère une interruption de la façade à l’origine. La travée de gauche possède encore son trappon de cave, tandis que les deux travées de fenêtres de droite, précédant la jonction avec le corps arrière, sont le résultat d’un remaniement avec reconstruction partielle de la façade en pierre de taille: les blocs de pierre semblent avoir été récupérés, au vu de la variété des couleurs; ils ont été introduits maladroitement dans la chaîne et leur jointoiement est irrégulier.
Le corps de bâtiment arrière présente une morphologie et des détails constructifs différents. Son volume est plus important en hauteur, avec un étage supplémentaire surmonté d’une toiture à deux versants. Son extension a été fortement réduite au nord-est par la démolition d’une grande partie du bâtiment, à l’endroit où se dressent aujourd’hui deux énormes contreforts adossés contre l’actuelle nouvelle façade-pignon. La façade sur cour (sud-est), à deux étages sur rez-de-chaussée, révèle des éléments en serrurerie ou en menuiserie au rez-de-chaussée, ce qui porte à croire que le corps de bâtiment était utilisé autrefois comme dépendance. Le format des fenêtres des étages et l’absence d’encadrement indiquent qu’elles ont été transformées. La façade-pignon sud-ouest montre en revanche une composition et des éléments de maçonnerie probablement d’origine: les deux travées régulières d’ouvertures superposées sont interrompues par un cordon mouluré au-dessus du 1er étage; les baies possèdent des piédroits harpés et la composition était couronnée par une fenêtre semi-circulaire à appui saillant, aujourd’hui bouchée. La façade côté Jura n’a pas pu être visitée intégralement, mais elle montre elle aussi des éléments de maçonnerie ancienne au-dessus d’un rez-de-chaussée probablement occulté entièrement par la pente. Sur les deux corps de bâtiments, les fenêtres sont en bois et certains contrevents, en bois eux aussi, sont anciens: les modèles de la façade sud-est du corps principal sont peut-être d’origine, avec leur structure épaisse en planches verticales réunies par des pentures métalliques. Un épais crépi en ciment recouvre les surfaces non appareillées des murs. Les toits sont dotés de tuiles mécaniques et ponctués de souches de cheminée récentes. De même, le toit du corps principal a perdu les épis de faîtage qu’il possédait à l’origine, comme en atteste une représentation du milieu du XIXe siècle.

Malgré la démolition d’une partie du corps de bâtiment nord et quelques remaniements, cette maison conserve de très nombreux éléments anciens. Dans une clef plutôt passéiste (par l’implantation des dépendances rurales à proximité immédiate du logement des maîtres autant que par le style adopté, qui évoque l’architecture du siècle précédent), elle a été réalisée avec un soin particulier, ce qu’attestent la composition architecturale raffinée de la façade principale et la qualité de la construction. Enfin, la maison fait aujourd’hui figure d’exception dans un secteur très récemment urbanisé, méritant amplement d’être préservée.

Fait partie du recensement du canton de Genève, RAC Vernier.

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